Pendant le temps du Jubilé, le Père Ambroise Riché nous propose un parcours sur la confession.
Le don des larmes
Nous connaissons tous cette béatitude de l’évangile : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ».
Dans cette béatitude, le verbe pleurer ne signifie pas passivement subir les pleurs. Il indique que ceux qui pleurent s’affligent. Ils ne sont pas seulement extérieurement touchés, mais de l’intérieur ils s’affligent. C’est une action de leur âme qui s’ouvre à une relation à Dieu et aux autres. Je peux pleurer à cause d’une souffrance personnelle ou pour autrui par compassion. Mais je peux aussi verser des larmes à cause de mon péché, lorsque mon cœur saigne de la douleur d’avoir offensé Dieu et mon prochain. Par ces larmes, il y a comme une brèche qui se fait dans mon cœur et qui permettra à cette relation blessée d’être progressivement réparée. Il est décisif de comprendre combien est précieux le don des larmes. Peut-on en effet aimer d’une manière froide ? Peut-on aimer seulement par devoir ? Certainement pas. Il y a dans notre monde beaucoup de personnes qui sont affligées et qu’il faudrait consoler, mais il existe aussi un grand nombre de personnes qui ne sont pas affligées et qu’au contraire il faudrait réveiller, auxquelles il faudrait apprendre à pleurer, pleurer évidemment pour la souffrance d’autrui mais aussi pleurer pour leur propre péché. Notre réaction habituelle devant notre péché est surtout la colère contre soi, la déception, l’amour propre blessé. Ça, c’est de l’orgueil. En revanche, je peux aussi pleurer le mal que j’ai commis, le bien que je n’ai pas fait, la trahison de ma relation avec Dieu et mon prochain. Là, ce sont des pleurs pour ne pas avoir aimé, parce que j’ai à cœur la vie des autres que je devrais aimer. Là je pleure parce que je réponds si mal à Dieu, et ne corresponds pas au Seigneur qui m’aime tant. Et la pensée du bien que je n’ai pas fait m’attriste. Voici quelqu’un qui a le sens du péché : lorsque je dis : « j’ai blessé celui que j’aime et que cela me fait souffrir jusqu’à en verser des larmes ». Que Dieu soit béni si ces larmes viennent. À travers ces larmes, se joue en réalité la question de ma capacité à assumer mes propres péchés et à les affronter pour ce qu’ils sont en vérité. Nous pouvons penser aux larmes de saint Pierre, qui vont justement le conduire à un amour nouveau, bien plus vrai, pour son Seigneur. Ce sont ces larmes qui vont le purifier et le renouveler. Pierre a regardé Jésus et a pleuré et son cœur a été changé, à la différence de Juda qui a commis lui-aussi un acte grave, mais qui, ne supportant pas sa faute (colère contre lui-même, honte, désespoir), a mis fin à sa vie. Comprendre son péché est vraiment un don de Dieu, une œuvre de l’Esprit-Saint. Tout seul nous ne le pouvons pas pleinement. Il a fallu le regard de Jésus pour que Pierre pleure et voit son cœur changé. C’est donc une grâce à demander. Seigneur, que je comprenne le mal que j’ai fait et que je le pleure. C’est un très grand don une fois que l’on a compris cela, et que viennent les larmes du repentir. Comme est beau un visage lavé par les larmes, grande la beauté du repentir, la beauté des pleurs, la beauté de la contrition. Notre vie chrétienne trouve sa plus belle expression dans cette miséricorde que nous rencontrons lorsque notre cœur est contrit. Il est vraiment sage celui qui est capable d’accueillir la douleur liée à l’amour blessé,
parce que lui seul sera capable de recevoir la consolation de l’Esprit-Saint, la tendresse de Dieu qui pardonne et corrige. Car oui, Dieu pardonne toujours. Ne l’oublions jamais. Dieu pardonne toujours, même mes péchés les plus graves, toujours. Le problème, c’est que mon cœur est souvent impénétrable, qu’il ne sait pas pleurer. Dieu, lui, ne nous traite pas selon nos péchés ; il ne nous rend pas selon nos fautes. Apprenons à vivre plus profondément dans la miséricorde, apprenons à vivre dans la contrition. Demandons au Seigneur la grâce de cet amour repentant qui sait pleurer.
Mise en œuvre : en m’arrêtant sur mes péchés, prendre le temps de ne pas chercher à me donner d’excuses dans la prière, mais demander à Dieu le regret sincère, la conscience du mal infligé, la contrition du cœur, la douleur de l’amour blessé.
Père Ambroise RICHÉ
À suivre…